Mélanie Lemée, gendarme, tuée par un voyou sous l’emprise de stupéfiants

Mélanie Lemée, gendarme et judokate, tuée par un chauffard sans permis et sous l’emprise de stupéfiants

Tragédie dans la famille du judo française. Mélanie Lemée, 25 ans, a été tuée samedi soir dans son exercice de gendarme, percutée par un automobiliste lors d’un contrôle dans la commune de Port-Sainte-Marie, près d’Agen. Lemée avait décroché la médaille de bronze des Mondiaux militaires en 2016 après avoir fait ses gammes à l’INSEP. Les réactions sont vives après ce drame, tant dans le monde du judo tricolore, qu’au sein des forces de gendarmerie.

Le judo français est en deuil. Mélanie Lemée, 25 ans, a été renversée samedi soir alors qu’elle était en intervention dans le cadre de sa profession de gendarme. La championne militaire n’a pu être sauvée et est décédée malgré l’intervention des secours. Les faits se sont déroulés dans la soirée de samedi, à Port-Sainte-Marie. Un homme de 26 ans, qui roulait sans permis entre 130 et 160 km/h et détenait « vraisemblablement de la cocaïne » selon la procureure d’Agen Manuella Garnier, a percuté la gendarme.

Sans permis et sous l’emprise de stupéfiants

Les gendarmes avaient d’abord tenté en vain d’interpeller une Renault Clio qui roulait à « une vitesse excessive« , puis alerté une autre patrouille de deux gendarmes. Ceux-ci avaient alors positionné leur véhicule de service « gyrophare en fonctionnement, sur la route départementale 813  à hauteur de la commune de Port-Sainte Marie« , a expliqué la procureure. « Lorsque le véhicule en fuite est arrivé à proximité des herses, il s’est brutalement déporté sur la gauche afin d’éviter le dispositif d’interception, ce faisant il a heurté l’un des deux gendarmes qui se trouvait sur le bas-côté de la route. Le choc a été particulièrement violent. Ce gendarme est décédé quelques minutes plus tard« , a-t-elle ajouté.

Le voyou a pris la fuite mais le déclenchement des airbags l’a contraint à stopper son véhicule 400 mètres plus loin. Il a alors tenté de s’enfuir à pied avant d’être arrêté et placé en garde à vue. « Originaire du Lot-et-Garonne, sans profession, (il) a déjà été condamné à trois reprises, notamment pour des infractions à la législation sur les stupéfiants et (…) sur la circulation routière« , selon la procureure. En garde à vue, le jeune homme a expliqué avoir refusé de s’arrêter « par le fait qu’il conduisait sans permis, sous l’emprise de stupéfiants, mais également par le fait qu’il venait de faire l’acquisition de 150 g de cocaïne. Il a affirmé qu’il n’avait pas vu la victime et qu’il avait pensé que le choc était dû au dispositif d’interception« .

Sa victime, Mélanie LEMÉE, était bien connue des tatamis après avoir notamment suivi un cursus à l’INSEP. Mais en 2015, une rupture des ligaments croisés du genou l’avait empêchée de poursuivre sa carrière au plus haut niveau. « L’entraîneur national m’a alors fait comprendre que c’était terminé pour moi comme j’étais en dernière année juniors. », expliquait-elle dans les colonnes de Ouest-France en 2017. C’est lors de sa rééducation qu’elle s’était tournée vers le concours de gendarmerie, sans regard par dessus l’épaule vers son passé de judokate de haut niveau. « J’étais déjà réserviste, j’ai donc passé le concours en interne. J’ai rebondi. J’ai zéro regret sur ma précédente vie. J’ai gagné en maturité avec cet épisode », ajoutait-elle toujours dans Ouest-France.

En 2016, elle avait remporté la médaille de bronze aux Mondiaux militaires et avait dominé les Championnats de France + de 78 kgs entre 2016 et 2019. De nombreux acteurs du sport tricolore comme Teddy Riner ont tenu à rendre hommage à la défunte, originaire de l’Orne. Plusieurs personnalités politiques nationales et locales ont également témoigné leur tristesse, comme le nouveau Premier ministre Jean Castex, qui a exprimé son « sincère soutien à ses proches, ainsi qu’à l’ensemble des forces de sécurité intérieures, mobilisées jour et nuit pour notre sécurité. »


Un de ses collègues l’adjudant Sébastien. C, gradé au sein de la brigade de la Gendarme Mélanie LEMÉE, morte pour la France écrit :

« Je vous parle avec le cœur. Ce soir du 04 juillet 20h52 mon téléphone sonne.
 « Seb, Mélanie vient d’être renversée. Le chauffeur est en fuite ».
 
On s équipe machinalement comme pour toute mission et pour accomplir notre devoir. Mais là, c’est une camarade qui est touchée. Les réflexes professionnels et l’affectif se mélangent sur la route rythmée par le gyrophare et le 2 tons. On entend à la radio que le chauffeur a été interpelé. Quelques instants plus tard on arrive sur les lieux. Une chaude soirée d’été où le soleil chauffe encore le bitume. Tu es là, couchée sur le sol. Les hommes en blanc font tout ce qu’ils peuvent pour que tu restes parmi nous. Les visages sont lourds. Les regards se croisent entre ceux qui sont présents en espérant un miracle. Ton binôme qui t’a vue tomber sur ce bord de route te serre la main, te suppliant de rester, de te battre. Mais l’implacable violence injuste qui t’a frappée est ce soir-là, plus forte que toi. On est là tous à te voir partir, toi la combative attachante et souriante.
 
 Pas le temps de pleurer. Il faut prendre en charge celui qui t’a arrachée à ta famille, à tes amis, à tes camarades.
 
Je te regarde toi le meurtrier. L’homme en moi crie vengeance, mais le devoir reste plus fort. On doit maintenant continuer la mission. L’obligation inique de te traiter en humain, toi qui vient de voler une vie. Tu oses te plaindre de douleurs costales à l’hôpital lors de ta visite de garde à vue. Et devoir donner un antidouleurs à toi qui en nous en causé tant. Te déposer en cellule de garde à vue avec le seul espoir que tu ne sortes plus de ces 4 murs. Pas le temps de souffler ! Il faut repartir la nuit entière sur les lieux pour surveiller l’endroit où tu nous as quittée Chère Mélanie, et voir ce sang que tu as versé. 7h00 du matin, fatigué, en colère et triste, je gare notre véhicule à côté de celui qui est devenu une arme et qui porte les stigmates de cette tragédie. Avoir le désir égoïste de rejoindre les miens en pensant aux tiens qui pleurent et hurlent de douleur.
 
 Mélanie, c’est un honneur d’avoir servi avec toi, camarade. Tu as toujours été digne de l’uniforme que tu as fièrement porté. »